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dimanche 31 octobre 2010
Dans Paris aujourd'hui beaucoup marché mais finalement je n'aurai rien vu.



samedi 30 octobre 2010
Vu la grande exposition Basquiat dans la foule par dessus des têtes et des épaules. Deux salles qui me déçoivent, la première où sont des oeuvres de très jeune jeunesse, Basquiat a dix-sept ans, dix-huit à tout casser, et les graffitis sur les toiles on entend au fond de soi la voix de ceux qui disent je peux le faire ou un enfant peut le faire. Et puis la salle en duo avec Andy Warhol, parce que je déteste Andy Warhol, son propos je le vois bien, mais ses toiles sont insupportables, je ne peux pas plus les regarder que je ne peux regarder TF1. Sans explication.
Mais pour le reste l'exposition est formidable, au sens où Echenoz pourrait le dire, on est debout devant et très digne et décontracté mais on se prend des éclairs sur la tête et des coups dans le dos, paf. L'énergie du génie ou le génie de l'énergie, mais quelque chose comme ça qui fonctionne par décharges et crépitements, sur les toiles et sur le très beau grand mur où sont accrochés les dessins sur papier.
G. me montre en quelques mots ce que je voyais sans le voir, les corps translucides et donnant à voir leur machinerie intérieure, laquelle est directement branchée sur la machinerie extérieure, intégrés les branchements, les corps avec organes apparents qui digèrent, tuyaux et tubes souples et engrenages du dedans, corps à rouages lui-même pièce et partie de l'engrenage américain mondial, les nègres qui sont le coton et le sucre de ce monde, et par dessus tout ça la couronne de roi pauvre.



vendredi 29 octobre 2010
le manque de sommeil et le travail monotone les ont rendus flous et confondus


jeudi 28 octobre 2010
Trois jours qui se ressemblent parce que


mercredi 27 octobre 2010
Trois jours qui se ressemblent parce que le manque de sommeil et le travail monotone les ont rendus flous et confondus. Les jours ne se distinguent que par le film que je regarde le soir à moitié dormant. Un soir Les Ailes du désir, un autre soir les courts métrages de Luc Moullet, un autre soir le King Kong de Peter Jackson, dans une version screener où l'on entend les cris du public dans les scènes effrayantes et les rires juste après (la trouille fait plaisir).


mardi 26 octobre 2010
Retour à Paris. Le plaisir du voyage en train, seul, avec ses idées décousues et des livres, et des inconnus. Personne ne semble se rendre compte de la précarité de la situation, et fait mine d'être dans le train comme chez soi. Dans cette nef de fous bien élevés, lancée à trois cents kilomètres heure dans la campagne toute noire, lu un peu de Descartes pour le cinématographe.



lundi 25 octobre 2010



dimanche 24 octobre 2010



samedi 23 octobre 2010



vendredi 22 octobre 2010
Journée de congé sur un coup de tête et balade dans Paris, je cherche un robe pour une femme, en déjeunant dans un café je lis un peu L'Éternité par les astres d'Auguste Blanqui, et plus tard dans la journée ce sera encore son nom dans un article d'Éric.

    " Le soleil est une étoile sur son déclin. Un jour viendra où le produit de la combinaison de l’hydrogène avec l’oxygène, cessant de se décomposer à nouveau pour reconstituer à part les deux éléments, restera ce qu’il doit être, de l’eau. Ce jour verra finir le règne des flammes, et commencer celui des vapeurs aqueuses, dont le dernier mot est la mer. Ces vapeurs, enveloppant de leurs masses épaisses l’astre déchu, notre monde planétaire tombera dans la nuit éternelle.
    (...)
    Tout, le monde aujourd’hui en est arrivé à un profond mépris des comètes, ces misérables jouets des planètes supérieures qui les bousculent, les tiraillent en cent façons, les gonflent aux feux solaires, et finissent par les jeter dehors en lambeaux. Déchéance complète ! Quel humble respect jadis, quand on saluait en elles des messagères de mort ! Que de huées et de sifflets depuis qu’on les sait inoffensives ! On reconnaît bien là les hommes. "

Auguste Blanqui, L'Éternité par les astres.



jeudi 21 octobre 2010
Entendre à la radio la voix d'une femme qu'on a aimée, mais sans douleur.


mercredi 20 octobre 2010
Mercredi travaillé à la maison. Des nouvelles des manifestations arrivent par les fenêtres de flux : le défilé des chiffres à l'écran comme métonymie du flot des manifestants dehors. On a le corps très grand en imagination et une humanité nous grouille sur la peau, dans les poils de la fourrure et dans les cheveux, des peuples nous galopent sur la tête, nous chatouillent les oreilles et le nez.



mardi 19 octobre 2010
Travail et colère syndicale. Au moins, on ne pourra pas dire que je ne suis pas entré dans la vie active.


lundi 18 octobre 2010
Journée commencée dans le désastre et l'angoisse se termine dans l'euphorie la plus radieuse. La cyclothymie dans de telles conditions ça devient un sport de voltige.


dimanche 17 octobre 2010
Une journée grise jusqu'à la moelle des os qu'elle n'a même pas, ça fait un jour bien flapi, mais dans le poids qu'elle pèse sur la poitrine il y a des moments de légèreté, et des brèches d'espoir formidable.
X. qui a passé quatre jours à la maison, reposée, les joues roses, repart pour Tunis.


samedi 16 octobre 2010
Une journée à dormir ou tout comme, sauf le soir avec C. et N. à la maison, et on ne parle pratiquement que de politique et du mouvement en cours. J'ai la certitude que l'immense espoir qu'on met dans ce mouvement mal barré sera atrocement déçu et que nous ne nous en remettrons pas. Que nous avons trop pris à coeur la possibilité de nous affranchir de tout oppression en hurlant contre les maîtres actuels. Mais je m'abstiens de dire ce que j'ai entre les côtes, cette pression de plomb gris, cet accablement de battu : seuls gagnent ceux qui ne doutent pas, je suis un bien mauvais soldat.
Mais je crois quand même que quiconque aime un peu ce qui ressemble à de la beauté et à de l'intelligence devra dans les temps qui viennent abriter la petite flamme dans une lanterne solide, pour éviter que la nuit qui tombe éteigne tout. Il faudrait revoir La Guerre du feu d'Annaud en la prenant comme la description de notre époque, ça ne serait même pas un trait forcé. Il fait froid et sombre, et ce qui importe est exposé à la disparition.



vendredi 15 octobre 2010
Lâché le guidon et levé le pouce puis le poing en passant devant un piquet de grève CGT, sur un trottoir de Clichy. Les gars me saluent en retour avec des grands gestes. Ça fait du bien.


jeudi 14 octobre 2010
Travailler pour qui vous paie, c'est se faire une violence énorme, et personne pour le dire.


mercredi 13 octobre 2010
Premier froid, les gants pour tenir le guidon. Déjeuné avec Franck à Saint-Lazare, dans la même brasserie que d'habitude, on partage le réconfort de se retrouver. Virginie est dans le même restaurant, à table avec deux femmes, des clientes apparemment de son cabinet juridique car elle nous fait bien comprendre que c'est un déjeuner d'affaires. Alors on va s'asseoir dans l'autre coin, banquettes rouges et appliques à petits abat-jour froncés. Avec mon ami volubile et grand arpenteur de langues j'ai l'impression de déjeuner en compagnie de Kafka dans une rue de Prague. Puis retourne travailler, à vélo dans le froid. Petit soleil très lumineux.


mardi 12 octobre 2010
Manifestation épuisante, à cause du relâchement de l'attente, et de la déception de l'attente. Sans doute j'attendais de la violence, une révolte bruyante. Ce n'est qu'une grosse manifestation. Mais j'ai l'air d'être le seul déçu de l'histoire. Et c'est vrai qu'elle est belle cette foule, et large et longue et mouvante avec force, dans toute la largeur et toute la longueur de la rue de Rennes, on la voit bien dans la descente quand on est sous la tour Montparnasse, et rouge et ondulante et sans fin. Il paraît que le cortège est déjà dans le boulevard Saint-Germain, et que le boulevard du Montparnasse est plein aussi. Dans ces jours où l'on compte tout dans le plus grand désordre, les années et les euros et les manifestants, cette masse humaine qui fait corps, cette énergie sans chiffre fait du bien. Ce n'est pas le nombre qui compte, c'est l'événement, la nature de l'événement politique. Et voici sans doute très exactement ce que le pouvoir feint de ne pas voir et cache sous le tapis médiatique : moins la taille toujours discutable de l'événement que sa nature, qui est inédite depuis longtemps. Sa nouveauté.
Le soir nulle piscine pour défouler le corps et prendre l'énergie qu'on puise dans l'eau électrique. Les bassins sont fermés pour cause de grève.


lundi 11 octobre 2010
Encore une journée évidée par un rendez-vous manqué. Mais remplie par du travail efficace.
Très intéressante réunion de CE avec les comptables qui vont examiner les comptes de la société à notre demande. Poser à notre tour la main sur la gorge de ceux qui nous étranglent d'habitude. Volupté qui ne manque pas de cruauté. Les rapports sociaux sont humains, et c'est ainsi qu'ils sont beaux.



dimanche 10 octobre 2010
Dimanche.


samedi 9 octobre 2010
Il faut prendre le temps un soir, ou dans un moment creux où rien ne viendra vous déranger, prendre le temps de regarder cette vidéo où Georges Didi-Hubermann parle de Pier Palo Pasolini : Ab Gioia.



vendredi 8 octobre 2010
Le corps exalté, phase maniaque du cyclothymique, et comme le désespoir dans l'autre moitié du balancement on croit que ce sera éternel, mais je sais bien que non. Qu'il faut de toute urgence en prendre la moelle essentielle, mais non, le corps exalté se disperse et nage comme un fou, soulève des haltères en vain, court dans tous les sens et pour un geste en fait dix, danse dans le couloir et traverse les pièces en diagonale, trépigne quand il doit s'arrêter, devient flou et brûle son énergie pour le plaisir. On voudrait dompter la décharge électrique, canaliser et fluidifier l'effort sans peine, mais va te faire foutre. Pure dépense.
À rapprocher de la vidéo où Étienne Klein parle de E=mc², et de comment la masse se transforme en énergie et, surtout, à l'inverse, de l'énergie qui devient de la masse, de la vitesse transformée en matière.
(L'immobilité de celui qui écrit met le monde en mouvement, c'est le prochain thème de la revue d'ici là).


jeudi 7 octobre 2010
Le soir vu The Ghost Writer de Polanski, en essayant de faire abstraction de l'affaire dont le réalisateur est le centre, laisser l'homme et regarder l'oeuvre. Mais l'oeuvre parle d'exposition médiatique, de crime caché, de mensonge et d'emprisonnement dan un autre pays. La planète vue dans sa totalité dans une grande vision jet-set, mais avec des zones découpées où l'on est libre et d'autres où l'on est jeté en prison. La vie de Polanski est sa prison.


mercredi 6 octobre 2010
Sur le vélo en roulant écouté une émission d'histoire à propos du "code Soleil" des instituteurs, une sorte de guide pratique et moral écrit et distribué par un syndicat d'instituteurs puissant à l'époque, et dont j'ignorais tout jusqu'à aujourd'hui, alors que mes grands parents maternels étaient instituteurs tous les deux, en plein dans la mythologie des hussards de la République, du genre qui se sont rencontrés en 1930 à l'École normale, et n'étaient pourtant pas avares d'anecdotes et de récits sur leur vie passée.
Dans l'émission on entend lire de longs passages du fameux code (en citer un paragraphe ici ce serait bien), et tout en roulant et en évitant je ne sais comment les voitures meurtrières et les piétons mortels, j'avais devant les yeux une cataracte d'images de mes grands-parents, de celles que j'ai gardées d'eux bien sûr, et aussi de toutes celles qui m'ont été récemment greffées sous la rétine, depuis que ma mère en visite à Paris m'a remis une clé remplie à ras-bord de photos scannées, des photos de famille des années vingt aux années 70, d'innombrables images que je ne connaissais pas.
Le collage mental des extraits du livre et des images fonctionne à merveille, c'est-à-dire que le rapport entre les deux me paraît être le lieu d'une production d'énergie. Il doit y avoir quelque chose à faire ici.
Et du coup je reprends l'idée de coller ensemble ces images et ce texte, avec aussi des choses que j'écrirais et les propos que je pourrais collecter auprès des vivants, pourquoi pas. Mais c'est un travail de retraité que je me propose, alors que je suis déjà toujours à courir après le temps qui manque, avec cette corvée stupide qui consiste à retenir un peu de sa vie chaque jour, pensée capitaliste, pourquoi faut-il que je me mette encore sur les épaules de retenir la vie des autres, les vies de mes ancêtres, c'est sans fin, à la fin j'aurai passé la vie à la regarder filer en essayant de la retenir ? Heureusement qu'il y a le plaisir et la peine et le travail qu'on se donne pour fonder la durée et percevoir le présent.



mardi 5 octobre 2010
À la piscine dans l'eau il y a le jeune couple, elle rousse presque phosphorescente, et sa peau sous l'eau blanche comme rien d'autre, et ils nagent tous les deux à la même vitesse et comme je vais plus vite qu'eux, à chaque aller-retour nous devons jouer au petit jeu du "après vous". Entre deux longueurs ils s'accrochent au bord et papotent un peu en reprenant leur souffle. De mon côté je nage comme si ma vie en dépendait, sans éprouver aucune fatigue pendant une heure, crawl-brasse, crawl-brasse aller-retour, je vais si vite et l'esprit fixé sur rien que je deviens pure énergie, le mouvement dans l'eau, le meilleur angle pour la poussée optimale, je deviens l'élan, la force qui va, et je perds le fil du compte des allers-retours, impossible de dire combien de longueurs j'ai pu faire, deux kilomètres au moins.
Et puis d'un coup, l'aller-retour de trop, je cale à bout de souffle, la dernière longueur est pénible et lourde dans le bassin presque désert, je m'accroche au bord et je sors aussitôt de l'eau, la grâce a été saisie, je l'aie bue tout entière avant qu'elle disparaisse et ma joie est immense.
À la piscine sous la douche cet autre jeune couple : il essaie de la convaincre d'aller en école d'ingénieur, elle geint, "oh non, pas une école d'ingénieur...", et je ne peux pas m'empêcher de sourire et mon sourire les fait rire.
À la piscine ce soir j'avais un corps d'homme célibataire en pleine forme, et c'était voluptueux.


lundi 4 octobre 2010
- Tu veux pas être mon amant ?
- Je ne sais pas. Peut-être. Oui.



dimanche 3 octobre 2010
Vu sous un chapiteau de cirque le spectacle d'un seul homme, capable d'être à la fois clown comme Buster Keaton l'était, et un funambule sans trembler, et un homme-canon qui traverse l'espace dans un grand chambardement de poudre, de bruit et de fumée.
Le final du spectacle est très beau : l'homme passe à travers la toile du chapiteau et suit le fil au-dessus de la prairie, où les spectateurs le suivent dans le crépuscule.




samedi 2 octobre 2010
Journée de grande dépense physique sans quitter l'appartement, torse nu tout le jour sans avoir jamais froid à force de bondir d'une pièce à l'autre, le tournevis à la main, et le décapeur thermique et la perceuse, à la fin prendre une douche fumante en appréciant d'avoir mal aux bras.
Le soir dans un salon enfumé et rempli de belles gens - que les femmes sont belles ! - je bois trop en parlant beaucoup avec P. On parle de peinture, parce qu'il peint comme je gribouille, et on se décrit l'un l'autre les heures à avancer de presque rien, mais la tête et le corps pris dans la plus grande intensité qui soit, celle où l'on cherche, la méditation matérielle.


vendredi 1er octobre 2010
Non sous le volcan mais en-dedans, où la roche est un liquide qui bouillonne avec légèreté.





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